Sommes-nous à la veille d’une récession mondiale ? | Sur le bord | Martin Arnotta

La pandémie de Covid-19 a provoqué une forte contraction de l’économie mondiale, mais pour une courte période. La demande et l’activité ont ensuite rebondi rapidement, soutenues par des mesures extraordinaires des gouvernements et des banques centrales. Le “prix à payer” est une accélération de l’inflation. Il est vrai que l’offre ne peut pas rebondir aussi vite que la demande, et elle est aussi soumise à la poursuite de l’épidémie, et se heurte bientôt à un goulot d’étranglement : il y a un phénomène où l’offre dépasse la demande, faisant grimper les prix de certaines matières premières, notamment en le marché des matières premières ; les entreprises rencontrent des difficultés d’approvisionnement, les coûts de production ont tendance à augmenter, etc. [Rees et Rungcharoenkitkul, 2021]Les déséquilibres de l’offre et de la demande et la hausse des coûts de production ont finalement contribué à la hausse générale des prix.

Figure 1 Croissance et inflation

Source : Guynett et al (2022)

L’inflation s’est vraiment accélérée à partir du début de 2021, atteignant des niveaux jamais vus depuis des décennies au début de 2022. Dans le même temps, les perspectives de croissance à court terme, en particulier en 2023, se sont régulièrement détériorées à mesure que l’inflation augmentait (voir graphique 1). Notamment, l’invasion russe de l’Ukraine a ébranlé les espoirs d’une forte reprise et d’une inflation temporaire, car elle réduit l’offre de matières premières et fait encore monter les prix des matières premières. [Grjebine, 2022]La banque centrale a alors commencé à relever ses taux directeurs pour réduire l’inflation, tandis que les mesures gouvernementales de soutien à l’activité pendant la pandémie ont pris fin. En conséquence, Justin Damien Guénette, Ayhan Kose et Naotaka Sugawara (2022) estiment que le resserrement des politiques monétaire et budgétaire a été le plus synchronisé entre les pays au cours des derniers mois, dépassant celui des États-Unis. Nous observons depuis six mois. siècle. Si une réduction temporaire de l’inflation ne suffit pas, elle conduira certainement à une détérioration des perspectives de croissance.

La plupart des prévisionnistes ne prévoient pas actuellement de récession mondiale. Guénette et ses co-auteurs pensent que c’est tout à fait possible.

Anatomie d’une récession mondiale

Kose et Terrones (2015) qualifient la baisse du PIB annuel par habitant de récession mondiale. Selon cette définition, il y a eu cinq récessions mondiales au cours du dernier demi-siècle : 1975, 1982, 1991, 2009 et 2020 (voir la figure 2). Au cours de ces événements, la production mondiale par habitant a chuté en moyenne de 1,9 %. La production par habitant a continué d’augmenter au cours des trois premières récessions mondiales, mais a diminué au cours des deux dernières. Le PIB mondial et le PIB mondial par habitant se sont le plus contractés pendant la récession de 2020. En plus des baisses globales de la production, ces événements ont été caractérisés par des baisses de la production industrielle, du commerce, des flux de capitaux, des prix des produits de base et de l’emploi.

Figure 2 Anatomie d’une récession mondiale

Anatomie d'une récession mondiale

Source : Guynett et al (2022)

D’une récession mondiale à l’autre, les causes sont différentes et souvent multiples [Kose et alii, 2020]En 1975, la raison en était l’augmentation du prix des produits de base, notamment le prix du pétrole. La récession de 1982 a été déclenchée par un fort resserrement de la politique monétaire pour réduire la forte inflation qui sévissait à l’époque, notamment dans le sillage du deuxième choc pétrolier ; les pays en développement déclenchés par le resserrement des conditions de financement et la chute des prix des matières premières, en particulier la dette crise en Amérique latine complique la situation. La récession mondiale de 1992 a été principalement causée par la crise bancaire aux États-Unis et la transition vers une économie de marché dans les pays de l’ancien bloc soviétique. La récession de 2009 a été principalement le résultat de la crise financière. La récente récession mondiale a été causée par la pandémie de Covid-19 et les mesures de confinement mises en place pour la contenir.

Une récession mondiale imminente ?

En repensant à l’expérience passée, Justin Damien Guénette et ses co-auteurs soutiennent qu’au moins deux événements récents ont considérablement accru la probabilité qu’une récession mondiale frappe bientôt. D’une part, les indicateurs mondiaux d’activité se sont régulièrement dégradés depuis mi-2021. Cependant, avant chaque récession mondiale enregistrée depuis 1970, les perspectives de croissance mondiale ont fortement chuté l’année précédente. En revanche, les perspectives de croissance pour les États-Unis, la zone euro et la Chine ont été nettement révisées à la baisse au cours des derniers trimestres. Cependant, chaque récession mondiale précédente a coïncidé avec des ralentissements marqués ou même des récessions pures et simples dans plusieurs grandes économies.

Beaucoup craignent une répétition de l’épisode de stagflation du milieu des années 1970, mais Guénette et ses co-auteurs soutiennent qu’il ne s’agit pas d’une répétition de la récession de 1975. La réponse récente des banques centrales et des gouvernements contraste fortement avec la réponse qu’ils ont prise à l’époque : à l’époque, ils avaient maintenu une politique accommodante malgré une inflation déjà élevée. La Fed de Volcker et d’autres banques centrales ont finalement resserré fortement leur politique monétaire, et ce resserrement a contribué à faire baisser l’inflation, mais précisément pour la raison même qui a déclenché la récession mondiale en 1982. Pour Guénette et ses co-auteurs, c’est exactement à cela que ressemble le plus l’actualité de l’épisode. Les Banques Centrales ont déjà resserré la politique monétaire, et tant que l’inflation n’est pas maîtrisée, elles n’ont d’autre intention que de resserrer encore la politique monétaire, même si l’activité économique est pénalisée dans un futur proche. La question qui se pose est de savoir s’il est possible de réellement réduire l’inflation sans provoquer de récession.

Et, tout comme il y a 40 ans, les banques centrales resserrent leur politique monétaire alors même que l’économie mondiale connaît une vague de crises prolongées de la dette. [Kose et alii, 2022]Si le choc Volcker de 1982 a conduit à des défauts souverains dans les pays en développement, c’est parce qu’ils avaient connu une vague d’endettement depuis le début des années 1970. La vague d’endettement actuelle, qui a débuté vers 2010, a entraîné une accumulation plus importante de la dette, ce qui a fait craindre des défauts de paiement plus graves. Dans ce contexte, le niveau de la dette publique atteint désormais des records. Même s’ils ne font pas défaut, les gouvernements peuvent être contraints de s’abstenir de véritables mesures de relance en période de récession, voire d’opter pour l’austérité, ce qui ne manquera pas d’aggraver la récession.

sinistre prévision

Guénette et ses co-auteurs ont cherché à prédire l’évolution de l’économie mondiale jusqu’en 2024 en considérant trois scénarios différents. Le scénario de base utilise uniquement les dernières prévisions de croissance et d’inflation et les attentes des marchés financiers concernant l’évolution future des taux d’intérêt directeurs. Dans le deuxième scénario, on suppose que les anticipations d’inflation sont relevées, et donc un nouveau resserrement de la politique monétaire des grandes banques centrales, conduisant à un fort ralentissement de la croissance mondiale. Dans le troisième scénario, une nouvelle hausse des taux directeurs est supposée déstabiliser les marchés financiers et conduire à une récession mondiale.

Figure 3 Prédictions basées sur différents scénarios

Faire des prédictions basées sur différents scénarios

Source : Guynett et al (2022)

Dans les premiers stades de la reprise post-pandémique, le rebond a été suffisamment fort pour permettre à l’économie mondiale de converger vers sa trajectoire d’avant la crise (voir la figure 3). Ce n’est plus le cas depuis 2021 : il ne croît plus assez vite pour espérer réparer les dégâts de la pandémie à moyen terme, et d’après les projections actuelles, ce sera toujours le cas, sinon en ralentissement. La croissance mondiale ralentit en 2023. En cas de ralentissement brutal, notamment en cas de récession mondiale, l’économie mondiale s’écartera davantage de sa trajectoire pré-pandémique. Si une récession mondiale frappe, Guénette et ses co-auteurs s’attendent à ce qu’elle soit aussi grave qu’elle l’était en 1982.

faire référence à

Thomas Gregbyne (2022)« L’économie mondiale évitera-t-elle le précipice ? », dans CEPII, L’économie mondiale en 2023,Trouver.

GUENETTE, Justin Damian, M. Ayhan KOSE et Naotaka SUGAWARA (2022)« Une récession mondiale est-elle imminente ? », Banque mondiale, Notes de politique sur la croissance équitable, les finances et les institutionsNuméro 4.

KOSE, M. Ayhan, Franziska OHNSORGE, Carmen REINHART et Kenneth ROGOFF (2022)“Conséquences d’une augmentation de la dette”, dans Revue annuelle d’économie, voyage en avion. 14.

KOSE, Ayhan, Naotaka SUGAWARA et Marco E. TERRONES (2020)“Récession mondiale”, CEPR, document de travailn° 14397.

KOSE, M. Ayhan et Marco E. TERRONES (2015), Crash et reprise : comprendre la récession et la reprise mondialesle Fonds monétaire international.

Reese, Daniel et Pricha Langchalenkiku (2021)« Goulots d’étranglement : causes et implications macroéconomiques », BRI, Bulletin d’information du BRIn° 48.

Leave a Comment

%d bloggers like this: