Olivier Passet, Xerfi – Amérique : Précurseur d’une récession mondiale ? – Décryptage écologique

L’économie mondiale vacille. La grande question est de savoir s’il sortira du bois et descendra les pentes d’une grave récession. Toutes les régions du monde sont à la peine à ce stade, comme en témoignent les baisses successives des prévisions de croissance du FMI depuis janvier 2022. Les limites de ce processus sont inconnues et pourraient encore pousser la croissance des pays développés en territoire négatif d’ici 2023. Pour évaluer ce risque, je me concentrerai ici sur l’économie américaine, qui reste la locomotive du monde en raison de son haut degré de liberté et souvent en tête dans la résolution des crises en raison de son statut de consommateur en dernier ressort. sa politique publique.

murmure d’enchantement

Que nous disent les chiffres précis ? Une baisse de deux trimestres du PIB signifie que l’économie américaine est techniquement entrée en récession. Cependant, la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, a nié cela, tout comme le président de la Fed, Jerome Powell. La principale raison est que ce ralentissement apparent n’affectera pas la dynamique de l’emploi. Contrairement à la récession classique, le marché du travail se raffermit. Le chômage est toujours légèrement à la baisse, atteignant un creux historique pré-COVID en juillet. Alors que la masse salariale a encore augmenté de plus de 1,3 million au cours des trois derniers mois, l’augmentation était bien supérieure à la moyenne à long terme. Ce murmure périodique, loin d’être unique aux États-Unis, s’étend à de nombreuses autres régions. La rentabilité reste forte malgré la surchauffe des salaires et des matières premières. Les investissements ont également bien résisté. Il semble que les revers macroéconomiques n’aient aucun effet sur les agents au niveau micro. En conséquence, les diagnostics et les prévisions ont également connu d’énormes fluctuations, compatibles avec un ralentissement du marché boursier, avec des signaux d’inflation néfastes d’une part, une politique monétaire restrictive d’une part et des vents contraires financiers des géants de la notation d’autre part.

Des chocs hétérogènes à des temps différents

D’où viennent ces dissonances et où nous mènent-elles ? Cette anomalie provient d’abord de la superposition de chocs hétérogènes de temporalités différentes :

1. La phase de récupération post-pandémique n’est pas terminée. Comme d’autres pays développés, l’économie américaine vit dans un système de surabondance d’épargne, alimentée par des programmes de soutien fédéraux, et se tourne vers les ménages qui soutiennent la consommation. Ce dernier était supérieur de 5 % aux niveaux d’avant la pandémie au deuxième trimestre. Surtout avec la forte réorientation des dépenses des ménages vers les matières premières. Il en est résulté un grave déséquilibre du commerce extérieur et une augmentation des importations. Cette surconsommation de biens est désormais dans une phase d’inversion, tandis que la consommation se rééquilibre en faveur des services. En conséquence, l’économie américaine passe d’une consommation à forte importation à une consommation à forte intensité d’emploi. Le regroupement explique l’orientation positive des embauches et la difficulté accrue d’embaucher dans des carrières peu attrayantes.
2. Au premier choc se sont superposées une flambée des prix des matières premières et des pénuries localisées, exacerbées par la guerre en Ukraine. Impact contradictoire sur l’économie américaine. Les entreprises ont largement reporté les hausses de prix sur leurs prix de vente afin de maintenir leur rentabilité, leur capacité à investir… et limiter les pertes boursières.
3. Enfin, il y a le choc de la transition écologique, qui contribue à dynamiser certaines composantes de l’investissement dans un contexte de conditions monétaires toujours accommodantes (les taux d’intérêt réels sont en territoire négatif).

Ces dynamiques multiples créent finalement une image économique ambiguë. L’économie américaine manque de dynamisme, car le PIB n’est que de 2 % au-dessus des niveaux d’avant la pandémie et a chuté pendant deux trimestres consécutifs. Ce n’est pas le pouvoir d’achat des ménages qui alimente la reprise économique. Malgré le coup du doublement des chèques, le revenu disponible n’a en fait augmenté que de 2% depuis la fin de 2019. En effet, la forte inflation a largement consommé le potentiel d’achat des ménages. L’inflation, en revanche, est encore loin de peser sur l’épargne financière restante des ménages, en particulier sur la partie la plus liquide.

L’économie américaine n’a pas de moteur, mais dispose donc de super amortisseurs qui lui permettent de s’étirer sans catastrophe majeure, une tôle ondulée au milieu difficile à décrire en termes cycliques. Cependant, la résistance financière et patrimoniale est en jeu. Un fil incassable qui risque de tout emporter.

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