L’inflation cause-t-elle la récession ?

► « Si cela entraîne une hausse des salaires, c’est un très mauvais signal »

Sylvain BelsingerEconomiste consultant chez Asterès

L’inflation, ne serait-ce qu’en raison de la hausse des prix de l’énergie, réduirait en premier lieu le pouvoir d’achat et freinerait la consommation, mais ne conduirait pas nécessairement à une récession. Il se peut que ce soit simplement cyclique jusqu’à ce que les prix de l’énergie reviennent à des niveaux plus raisonnables.

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Néanmoins, nous sommes encore à un stade où l’inflation pourrait devenir un phénomène persistant, alors que la hausse des prix de l’énergie commence à affecter les prix des biens manufacturés et des services. S’il fait monter les salaires pour compenser la perte de pouvoir d’achat, c’est plutôt mauvais signe, l’inflation s’ensuit. Jusqu’à présent, l’inflation cyclique pourrait devenir structurelle. On pourrait alors connaître un cycle de « stagflation » combinant inflation et faible croissance.

Il est difficile de prédire les décisions futures des banques centrales car les prévisions ont tendance à être déjouées. Cependant, l’une des seules contre-mesures contre l’inflation est une augmentation des taux d’intérêt qu’ils peuvent opérer.

C’est la Fed (Banque centrale des États-Unis, NDLR) Commencez à le faire et évitez la surchauffe. La politique monétaire aux États-Unis a généralement été plus réactive et accommodante que la politique accommodante généralement adoptée en Europe, mais il est toujours possible que les États-Unis, puis l’Union européenne, suivent cette dynamique de hausse des taux d’intérêt au cours d’une année. . 2022-2023.

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Plutôt que de provoquer une récession, une telle intervention sur les taux d’intérêt peut entraîner un ralentissement de la croissance. En France, au moins, le resserrement de la politique monétaire est plus crédible que d’affecter le pouvoir d’achat des Français, un sujet qu’Emmanuel Macron sait qu’il attend avec impatience. Le problème n’est pas seulement économique, mais aussi politique.

Je ne serais pas surpris si le PIB de la France baissait au deuxième trimestre à cause de la guerre en Ukraine, des restrictions en Chine et d’une baisse du pouvoir d’achat. Cependant, même si cette possibilité n’est pas écartée, le risque d’une “récession” me semble peu probable. À proprement parler, cela suppose deux trimestres consécutifs de baisse du PIB.

Avant de subir une récession très importante due au Covid, les précédentes phases récessives se sont produites lors de la crise financière des subprimes de 2008-2009, de la crise du Système monétaire européen de 1992-1993 et ​​du choc pétrolier de 1974.

Aujourd’hui, les États-Unis ont peut-être connu une baisse du PIB de 1,4 % au premier trimestre, mais cela était principalement dû à de fortes importations. Cela signifie ne pas réagir de manière excessive.

► “Une inflation élevée conduit presque toujours à une récession”

Aurélien GoutsmedtHistorien économique, Université Catholique de Louvain (Belgique)

L’histoire économique a souvent montré que des niveaux élevés d’inflation conduisent presque toujours à des récessions. Cela peut s’expliquer par trois mécanismes principaux. Le premier est la perturbation possible de la chaîne de production causée par la hausse des prix. Lorsque les prix augmentent, les chaînes d’approvisionnement se bloquent et l’activité ralentit.

Le second mécanisme est moins cyclique car il résulte de la réponse de la banque centrale à l’inflation. Pour éviter la surchauffe et la flambée des prix, les banquiers centraux recourent à une politique monétaire plus restrictive, risquant de pénaliser la croissance économique en augmentant les taux d’intérêt. C’est ce qui s’est passé après le choc pétrolier des années 1970. Aujourd’hui, c’est pour cette raison que la BCE est si réticente à relever son taux directeur. En 2008, il a été fortement critiqué pour l’avoir ajouté avant la crise financière, participant ainsi à la récession qui a suivi.

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Mais il existe une troisième explication : les anticipations négatives associées à des niveaux d’inflation élevés. Lorsque les prix augmentent de plus de 3% ou 4%, les consommateurs et les investisseurs commencent à avoir peur car ils entrent dans un monde plus imprévisible, ce qui affecte négativement leur comportement de consommation et d’investissement. C’est ce qu’on peut appeler l’effet psychologique de l’inflation.

Pour les banquiers centraux tiraillés entre leur mandat de contrôle des prix et leur volonté de maintenir la croissance, la question est de savoir si l’inflation va s’enraciner, notamment par la croissance des salaires. Le problème est que la source de l’inflation est parfois difficile à distinguer : est-ce une hausse des matières premières, pour laquelle la politique monétaire est impuissante, ou une hausse de la demande ? Si une simplification est nécessaire, les économistes soutiennent que l’inflation est persistante et profonde lorsqu’une spirale prix-salaires est observée : une augmentation des salaires fait monter les prix, et inversement.

C’est pour cette raison que la Fed a commencé à remonter les taux d’intérêt avant la BCE, la croissance des salaires dans la zone euro ayant été plus modeste. Mais avec une inflation à 7,5 % en avril, les salaires devraient augmenter séquentiellement. Ainsi, en plus de cela, la BCE a récemment fait volte-face, reconnaissant la nécessité d’une hausse des taux avant la fin de l’année.

Avec un léger ralentissement de la croissance, la guerre de Corée des années 1950 a été la seule fois dans l’histoire récente où une inflation supérieure à 5 % (alors entraînée par l’augmentation des dépenses militaires américaines) s’est finalement calmée d’elle-même.

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