Le risque d’une récession européenne offre une opportunité de reprise que nous ne voulons pas voir

Le risque de récession est bien réel.

La plupart des gouvernements européens sont déjà conscients du risque d’une récession l’hiver prochain. Ils déploient tous des moyens pour protéger les populations les plus vulnérables d’une telle dépression, mais les mêmes gouvernements peinent à élaborer des plans de réforme pour armer l’UE d’un tel effondrement à long terme.

Cependant, la situation économique qui se profile offre à l’Europe l’opportunité de renforcer sa cohésion. Face à l’agression de la Russie contre l’Ukraine, les pays européens ont plutôt renforcé leur cohésion politique. Poutine veut le résultat inverse et parie que les divisions entre les États membres augmenteront. De ce point de vue, Poutine a échoué.

Il reste nécessaire de gérer l’impact économique à long terme.

Les indicateurs économiques de la zone euro font état d’une baisse du PIB au troisième trimestre, les analystes sont assez pessimistes sur les perspectives d’activité économique en avrile trois mois.

La flambée des prix de l’énergie et des matières premières est à l’origine des perspectives. Une forte hausse de l’inflation presque partout a entraîné une baisse de la demande. Toutes les industries sont concernées sauf le tourisme et l’immobilier.

Cette inflation, qui a d’abord touché le porte-monnaie des consommateurs (gaz, électricité, etc.), se diffuse désormais dans tout le système.

Il a deux origines :

– D’une part, elle est structurelle car elle est portée par le prix des énergies fossiles (pétrole et gaz) et le prix des matières premières. Tous ces produits ont d’abord été touchés par la demande post-pandémique et maintenant par l’incertitude de l’offre. Les questions de sanctions et la menace réelle d’une pénurie de tissus russes impactent fortement les prix en attendant les pressions sur les volumes.

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– D’autre part, cette inflation sous-jacente est portée par l’impact de changements importants en cours. Si la mondialisation change les logiciels et s’éloigne des États autoritaires (Chine, Russie et leurs alliés), alors les prix à la consommation vont monter, et c’est évidemment beaucoup plus cher de fabriquer en France qu’en Chine. Si les systèmes de production deviennent plus écologiques et respectueux de l’environnement, ce qui est clairement souhaitable à long terme, ils deviendront également plus chers pour les consommateurs. Les produits biologiques coûtent plus cher que les produits non biologiques.

Cette pédagogie de l’inflation potentielle qui menace l’équilibre de la chaîne de valeur n’est pas complète.

Actuellement, les États membres de l’UE tentent d’empêcher une telle inflation de causer trop de souffrances aux personnes défavorisées. Ils distribuent donc des aides financières pour amortir le coup en fin d’année, mais ils commenceront aussi à parler de restrictions pour faire face aux pénuries.

Les Occidentaux sont bien conscients que les six prochains mois seront compliqués. La meilleure preuve, c’est qu’ils économisent, notamment en France, la collecte sur Brochure A n’a jamais été aussi forte qu’en juillet, ce qui est clairement un signe fort d’inquiétude mutuelle.

Ce que les gouvernements craignent en cas d’inflation ou de récession, ce sont les conséquences sociales. Évitez à tout prix les mouvements incontrôlables, comme le gilet jaune. C’est-à-dire que l’identification est insuffisante et donc la performance est incontrôlable.

Le problème est qu’en plus d’activer l’État-providence, qui exerce une pression sur le budget, qui à son tour exerce une pression sur le marché de la dette, Les gouvernements européens ne semblent pas prêts à saisir l’opportunité de renforcer la solidarité.

Face à une dépréciation de l’euro (car sa valeur reflète l’incertitude), et au risque de pénurie de gaz et d’électricité, il est difficile pour l’UE de parler du même score en même temps.

L’Europe de l’énergie n’existe pas ou n’existe pas du tout. Et chacun essaie de s’en sortir à sa façon, et le sort de chacun dépend de l’attitude de chacun.

Le maillon le plus faible de cette Europe troublée est clairement l’Allemagne. Parce que ses fondements et ses modèles de prospérité ont été ébranlés. Grâce au réveil moral de la machine capitaliste, ses plus gros clients se sont raréfiés. L’industrie automobile allemande va devoir revoir son organisation mondiale.

De plus, l’Allemagne a choisi d’utiliser du gaz bon marché jusqu’à ce qu’elle se rende compte que le gaz russe était explosif.

La vie de l’Allemagne et son avenir seront difficiles à écrire, et donc la vie européenne et son avenir seront aussi des vies complexes.

Les Européens se rendent compte que leur liberté et leurs valeurs démocratiques sont attaquées par des gouvernements autoritaires rêvant d’un autre ordre mondial.

La première conséquence de cette prise de conscience est aussi la prise de conscience que l’économie de marché à laquelle nous sommes attachés n’est pas compatible avec les dictatures politiques.

Le risque de récession est source de troubles sociaux, et on ne peut reprocher au ministre de l’économie de s’en inquiéter et de tout faire pour les éviter. Mais le risque de récession appelle aussi une réponse mondiale et européenne. Pour l’instant, 27 semble très difficile.

Le meilleur exemple de cette incertitude européenne se trouve dans les politiques de la Banque centrale européenne. Contrairement à la banque centrale américaine, qui a un plan clair et s’est engagée à lutter contre l’inflation en augmentant les taux d’intérêt, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, est assise entre les deux présidents.

D’une part, elle a choisi d’augmenter les taux d’intérêt parce qu’elle devait lutter contre l’inflation. Mais d’un autre côté, elle a tellement peur d’aggraver le ralentissement qu’elle a promis que les Etats rachèteraient leur dette dans une proportion peu orthodoxe.

Comme les banques centrales, les gouvernements européens conduisent leurs économies avec un pied sur le frein et un pied sur l’accélérateur. Cela ne dure jamais longtemps.

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