Inquiète de l’utilisation du budget de l’UE, Bruxelles veut suspendre les financements à la Hongrie

Nouvelles tensions entre Bruxelles et Budapest. Bien que le plan de relance post-coronavirus de la Hongrie (5,8 milliards d’euros de subventions) n’ait pas été annoncé pour des raisons de respect de l’État de droit, la Commission européenne a menacé ce dimanche de priver la Hongrie de 7,5 milliards d’euros de financements européens pour des raisons similaires à celles implique des risques liés à la corruption dans le pays. La Commission européenne s’inquiète de l’utilisation du budget de l’UE par le gouvernement du nationaliste Viktor Orban, au pouvoir depuis 2010. Elle a notamment pointé des “irrégularités” et des “lacunes” dans le processus de passation des marchés, à savoir un taux “anormalement” élevé de candidatures à ces contrats, un manque de contrôle des conflits d’intérêts et des poursuites judiciaires en cas de fraude présumée.

Le commissaire européen au budget, Johannes Hahn, estime : « Les mesures proposées par (la Hongrie) pour corriger la situation peuvent en principe résoudre les problèmes identifiés, à condition qu’elles soient correctement traduites en loi et mises en œuvre en conséquence ».

En avril, la commission a lancé une procédure inédite contre la Hongrie qui pourrait conduire à la suspension ou à la réduction de certains fonds pour la période 2021-2027. L’exécutif européen a donc recommandé au Conseil européen, organe chargé de la décision finale représentant les États membres, de suspendre 65 % du financement, soit 7,5 milliards d’euros, de trois programmes liés à la politique de cohésion.

Cependant, la porte de sortie reste ouverte. La Commission a recommandé que le Conseil européen s’accorde jusqu’à trois mois pour évaluer la mise en œuvre des 17 mesures clés que la Hongrie s’est engagées à traiter de ces questions. Le Comité réévaluera la situation le 19 novembre.

“Nous allons dans la bonne direction. Nous continuons à travailler (…) pour que le peuple hongrois obtienne les ressources qu’il mérite !”, a réagi sur Facebook Judit Varga, la ministre hongroise de la justice.

Budapest peine à sortir du bois tout en tentant de persuader Bruxelles de lever son plan de relance post-pandémique. , la Hongrie est le seul pays de l’UE dont le plan n’a pas été approuvé par Bruxelles pour des raisons liées au respect de l’État de droit. Si aucun accord n’est trouvé sur le plan de relance de la Hongrie d’ici la fin de l’année, 70 % de la subvention seront perdus.

Établir une “Autorité indépendante” en Hongrie

Pour apaiser les craintes à Bruxelles et libérer des fonds européens, la Hongrie a récemment annoncé qu’elle créerait rapidement une “agence indépendante” pour lutter contre la corruption. La nouvelle agence sera mise en place d’ici le 21 novembre et sera responsable de “la prévention, la détection et la correction des irrégularités dans la gestion de l’argent de l’Union européenne (UE)”. Cette dernière pourrait intervenir si d’autres autorités “ne prenaient pas les mesures nécessaires” pour lutter contre la fraude. Parallèlement, un groupe de travail dédié à la lutte contre la corruption, composé notamment de membres du gouvernement, sera mis en place d’ici le 1er décembre.

Avant sa réélection en avril, le Premier ministre Victor Orban, habitué de la confrontation avec Bruxelles, a assuré qu’il n’avait pas besoin de cet argent. Mais depuis, la situation économique du pays d’Europe centrale de près de 10 millions d’habitants s’est détériorée sur fond d’inflation et de dévaluation de la monnaie nationale, le forint. Fin août, la banque centrale hongroise a relevé son taux directeur à 11,75 %, son plus haut niveau depuis 18 ans.

Selon Jozsef Peter Martin, directeur de Transparency International (TI) en Hongrie, on peut se demander “si une institution peut être indépendante sous le régime actuel” pour lutter contre la corruption. Il a récemment déclaré à l’AFP que l’ONG classe la Hongrie avant-dernière dans l’UE en termes de corruption et attend de voir les détails avant de prendre une décision.

La loi présentée lundi au parlement hongrois

Le gouvernement a déclaré que la loi visant à répondre aux demandes de l’UE serait soumise au parlement hongrois lundi. Leur entrée en vigueur est prévue pour novembre.

“L’heure de la dernière chance de Viktor Orban (…) est révolue”, a tweeté l’eurodéputée française Valérie Hayer (Update Europe). L’élu allemand Daniel Freund (Parti des Verts) estime que les mesures proposées sont “insuffisantes” et “n’empêcheront pas Orbán et ses acolytes de voler l’argent européen”.

Le Parlement européen a estimé jeudi dernier dans un rapport majoritaire que la Hongrie n’était plus une véritable démocratie mais une “dictature électorale”, appelant la Commission européenne “à ne pas ratifier le plan de la Hongrie” depuis Bruxelles.

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Zoom-MNouveau procès anti-corruption au Panama : deux ex-présidents inculpés

Deux anciens présidents du Panama, Ricardo Martinelli et Juan Carlos Varela, ont été inculpés par les procureurs lors de l’audience préliminaire d’un important procès anti-corruption dans la capitale du pays vendredi. Le couple, qui a pris la tête du Panama de 2009 à 2014, n’a pas comparu à l’audience. Ils sont accusés d’avoir accepté des pots-de-vin versés par le groupe de BTP brésilien Odebrecht. La multinationale a admis au ministère américain de la Justice qu’elle avait alloué des millions de dollars pour obtenir des contrats de travaux publics au Panama.

Outre Ricardo Martinelli et Juan Carlos Varela, une cinquantaine de personnes étaient impliquées dans le procès, dont plusieurs anciens ministres. En 2016, Odebrecht Group a plaidé coupable devant un tribunal de Brooklyn (États-Unis) pour avoir versé plus de 788 millions de dollars de pots-de-vin dans toute l’Amérique latine, dont 59 millions de dollars rien qu’au Panama. Le groupe brésilien a remporté des prix spéciaux pour la construction de deux lignes de métro à Panama City, l’agrandissement de l’aéroport international de la capitale et plusieurs sections de la promenade maritime de la ville.

Le premier des deux anciens chefs d’État à être destitué vendredi est Juan Carlos Varela (2014-2019). Les procureurs allèguent qu’il a reçu de l’argent d’Odebrecht entre 2008 et 2014 par le biais de sociétés écrans et de comptes bancaires étrangers, alors qu’il était président du parti de droite “Parnister” et vice-président du pays.

Selon les allégations, le parti de Juan Carlos Varela a reçu 10 millions de dollars d’Odebrecht via un compte bancaire spécifiquement utilisé pour transférer de l’argent aux dirigeants du parti. Selon les procureurs, Juan Carlos Varela a également reçu de l’argent d’Odebrecht pendant sa présidence, ce que les prévenus contestent. L’ancien président Martinelli (2009-2014), homme d’affaires prospère, notamment propriétaire d’une chaîne de supermarchés, a également été accusé d’avoir illégalement accepté des fonds d’Odebrecht.

Selon l’acte d’accusation lu lors de l’audience de vendredi, Ricardo Martinelli avait “une parfaite connaissance de l’origine illicite des fonds” et avait même mis en place “toute une structure illicite” pour accepter les pots-de-vin. Les deux fils de Ricardo Martinelli, détenus aux États-Unis après avoir été extradés du Guatemala, ont plaidé coupables d’avoir reçu 28 millions de dollars d’un groupe de construction brésilien.

(AFP)