Face à l’inflation, les solutions de Daniel Cohen et Patrick Artus

L’inflation en France est à son plus haut niveau depuis 30 ans. Fixé à environ 3 % au début des années 1990, stagné à 1 % au tournant du siècle, remonté à 2 % au milieu des années 2010, et les prix ont bondi de 5,8 % en glissement annuel en août 2022. Les chiffres sont vertigineux : +42,4% pour l’essence, 25,5% pour l’essence. Si les prix de l’énergie frappaient durement le pouvoir d’achat des ménages, malgré les aides gouvernementales, toutes les étiquettes disparaîtraient : le poisson frais, par exemple, a augmenté de 17,2 %, et même la viande surgelée.

De ce fait, l’inflation a eu des conséquences catastrophiques sur la croissance : alors que le gouvernement à l’automne dernier espérait une croissance de 4 % en 2022, les derniers chiffres publiés par l’Insee jeudi 8 septembre tablaient sur une croissance du PIB de seulement 2,6 % par an. Signe plus inquiétant, l’institut estime que la croissance sera de 0 % au quatrième trimestre.

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L’inflation devrait persister, avec un impact plus important sur l’économie française. “Nous sommes en train de changer le système par l’inflation structurelle. La base de coûts va augmenter en permanence”, a déclaré Nicolas Théry, président du Crédit Mutuel. Dans ce cas, existe-t-il un moyen de limiter les effets négatifs des flambées de prix sans mettre à genoux l’économie et ses agents, entreprises et ménages ?Daniel Cohen et Patrick Artus Confronter leur diagnostic et proposer leur solution.

défi. La vague d’inflation déferle. Comment expliquer la gravité de ce phénomène ?

Patrick Arthur. Le plus surprenant est sa rapidité. En Europe, l’inflation annuelle a été en moyenne de 0,9 % entre 2010 et 2019. Aujourd’hui, c’est presque 10 %. La raison de cette rupture est la structure déformée de la demande causée par la crise liée au Covid-19 : la demande de biens a été pondérée 25 % de plus que la demande de services. Cette évolution des préférences des consommateurs est liée au télétravail qui les incite à meubler leur logement et à remplacer leur équipement informatique. Il a expliqué le choc parce que plus de métaux ou de semi-conducteurs sont nécessaires pour produire ces biens.

Le monde va aussi devenir plus inflationniste en raison de profondes mutations : une population vieillissante – plus de retraités sont consommateurs que producteurs -, la transition énergétique, qui va faire grimper le prix des métaux utilisés pour fabriquer les batteries et un changement de géopolitique. Les démocraties veulent transférer une partie de la production vers des États autoritaires comme la Russie. Cette démondialisation augmentera les coûts.

Daniel Cohen. J’ai également été impressionné par le développement rapide de ce phénomène apparu l’année dernière. Ceci est d’abord et avant tout lié à la mauvaise interprétation des économistes et politiques : ils ont analysé les chocs Covid à partir des crises passées, et tout cela a mis longtemps à se résoudre. Personne ne s’attendait à la vigueur de cette reprise. L’administration Biden a mis en place une relance budgétaire trop puissante avec un plan de PIB en 10 points, qui a alimenté une inflation plus élevée qu’en Europe. Elle n’a pas vu une reprise rapide de l’économie mondiale, ce qui a créé des pénuries dans le commerce international et des embouteillages.

Dès le lancement du vaccin anti-coronavirus, tout le monde a appuyé sur l’accélérateur en même temps. Cela montre également le rôle de la mondialisation dans les pressions déflationnistes que nous avons connues auparavant. C’est sa désintégration qui a brutalement alimenté l’inflation.

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