Crise énergétique : les factures s’alourdissent

Face au risque de récession, la BCE le nie ou le considère comme un mal nécessaire…

L’incertitude quant à la production et à la consommation d’énergie l’hiver prochain est plus grande que jamais, entraînant une flambée des prix du marché du gaz naturel et de l’électricité. Ces prix surestiment les coûts réels supportés par les entreprises et les ménages, mais l’augmentation des factures énergétiques reste énorme. Par rapport à 2021, les importations nettes d’énergie dans la zone euro augmentent le PIB d’environ 3 points de pourcentage. Tant de ressources sont détournées d’utilisations productives ou propices à la croissance. Même avec des mesures compensatoires, l’inflation est vouée à s’accélérer, déclenchant la phobie inflationniste de la BCE.

Récession et inflation à deux chiffres imminentes

La crise énergétique européenne, qui a commencé l’été dernier, a atteint des proportions énormes. Les prix du gaz étaient en moyenne de 238 euros par mégawattheure en août, contre des niveaux normaux ne dépassant pas 20 euros avant 2019. Les prix de l’électricité, très dépendants du gaz naturel, battent aussi constamment des records, dix fois plus élevés que la normale, et même plus de vingt fois si l’on tient compte des prix futurs à l’échéance de l’hiver prochain. La raison en est les interruptions répétées des transmissions de gaz russes, ce qui fait craindre une pénurie structurelle d’énergie et d’électricité dans les mois à venir.

Globalement, si les prix actuels se maintiennent, cela pousserait la facture énergétique de la zone euro à plus de 16 % du PIB, au lieu de 3 % en 2019 et 5 % en 2021. Ce calcul est exagéré car les prix en question ne sont pas tous effectivement payés par les entreprises, certaines ont des contrats à long terme avec leurs fournisseurs, et moins de ménages bénéficient de mesures de plafonnement ou d’aides fiscales. Une estimation plus juste de la facture énergétique passe par l’évaluation de la balance commerciale des produits énergétiques. Il se situe actuellement à environ 5 % du PIB, soit près de 3 points de pourcentage au-dessus du niveau normal d’avant la pandémie, soit 350 milliards d’euros. Avant même que la demande n’augmente généralement en hiver, les consommateurs, les entreprises ou les ménages européens doivent subir une forte ponction sur leurs ressources, ce qui peut perturber la production, freiner la demande et, en bref, conduire à une récession.

ajustements à venir

La récente flambée des prix reflète les anticipations de déséquilibres persistants sur les marchés de l’énergie. Du côté de l’offre, le déséquilibre provient des tensions entre l’Europe et la Russie. Dans ce rapport de force, la Russie a tout intérêt à réduire ou couper son approvisionnement en gaz avant que l’UE n’ait le temps de construire des infrastructures pour diversifier ses achats ou modifier son mix énergétique. Les contraintes d’approvisionnement liées aux tensions en Russie sont amplifiées car les marchés de l’énergie sont mal intégrés d’un pays à l’autre en Europe.

Du côté de la demande, la réponse semble jusqu’à présent modeste en raison du retard dans la transmission des chocs de prix et de la relative insensibilité de la demande. Dans le cas du gaz naturel, le FMI estime l’élasticité-prix de la demande des ménages à -0,15, avec une répercussion de 20 % des prix de gros sur les prix de détail. À partir de là, une augmentation de 500 % des prix de gros entraînerait une baisse de 15 % de la demande, un pourcentage que la Commission européenne estime suffisant pour absorber la fin de l’approvisionnement en gaz russe. En fait, la conduction dans la chaîne des prix est plus atténuée. Pour les ménages, la consommation d’énergie répond principalement aux besoins de base. Par conséquent, de fortes incitations sont nécessaires pour le changer, que ce soit par la réglementation ou par les forces du marché. Cet ajustement est encore à venir.

La récente flambée des prix de gros a surpris, même avec le retard dans l’ajustement de l’offre et de la demande d’énergie. comment expliquer? Premièrement, des réactions excessives associées à des corrections techniques ne peuvent être exclues dans le cadre des stratégies de couverture des acteurs du marché. De plus, compte tenu de l’arrêt éventuel des approvisionnements en gaz russe, la demande de stockage est certainement plus forte que la normale, encouragée par les gouvernements qui cherchent à aborder l’hiver avec des réserves maximales. Cependant, aujourd’hui, personne ne peut dire si les températures hivernales seront dans la fourchette normale, ou si elles s’écarteront de la normale et dans quelle direction. En bref, les prix actuels risquent de surestimer le déséquilibre réel entre l’offre et la demande.

À ce jour, la moitié de l’inflation dans la zone euro est directement attribuable à l’énergie, et davantage si l’on inclut les effets indirects. Avec 8,9 % sur un an en juillet et des risques à la hausse, la zone euro devrait connaître une inflation moyenne à deux chiffres fin 2022 et début 2023. Dans ce cas, la BCE continuera de resserrer sa politique, dans le but d’assurer sa crédibilité face à l’inflation. Face à un choc d’offre, de sérieux doutes subsistent quant à l’effet déflationniste d’une hausse des taux directeurs. En revanche, cela aggravera certainement l’impact négatif sur la demande intérieure et l’activité économique. Face au risque de récession, la BCE le nie ou le considère comme un mal nécessaire, selon les dernières nouvelles…

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