Comment les guerres nuisent à l’économie mondiale

Les grandes agences internationales ont constamment revu à la baisse leurs prévisions de croissance mondiale pour cette année. Le Fonds monétaire international (FMI) table désormais sur un taux de 3,2 %, contre près de 5 % en octobre 2021.

Pourtant, difficile d’imaginer que le 24 février, jour où la Russie a envahi l’Ukraine, les deux pays qui ne représentent que 2 % du PIB et du commerce mondial, selon l’OCDE, plongeront la planète dans un marasme. Malgré leur faible poids, l’Ukraine et la Russie sont des plaques tournantes du commerce alimentaire et énergétique, et la guerre a fait grimper les prix.

Les prix des aliments, de l’essence et des matériaux s’envolent

De l’Europe aux États-Unis, de l’Amérique du Sud à l’Afrique, la situation tend à être la même.

En Tunisie, “la classe ouvrière traverse une catastrophe”, a témoigné une ancienne infirmière de 70 ans, Naima Degaoui. “Les prix montent un peu partout, la pêche, les abricots, les poivrons, le prix quadruple, la viande rouge”.

A Valparaiso, au Chili, à 11 000 kilomètres de là, Nayib Pineira, un travailleur social de 33 ans, souligne que “tout est beaucoup plus cher”. Un litre d’essence coûte 1 300 pesos, “presque ce que paie un Européen, mais un salaire européen”.

La flambée des prix des denrées alimentaires a été liée à la flambée des coûts de transport et de produits tels que le blé, le pétrole et les engrais, à tel point que les Nations Unies ont mis en garde contre la possibilité d’un “ouragan de famine” en Afrique, même si les prix se sont calmés ces dernières semaines.

L’industrie en ressent également les effets : les secteurs énergivores tels que la chimie, la sidérurgie et la métallurgie souffrent, paralysant l’industrie manufacturière en Allemagne et en Italie. En Chine et au Japon, la stratégie chinoise de zéro épidémie a affaibli l’industrie.

Dirigeants et banquiers centraux débordés

Face à cette inflation débridée, les politiques de carnet de chèques redeviennent la norme dans le monde développé, deux ans après les programmes d’aide massifs liés au confinement, malgré une dette publique historiquement élevée.

Aides au chauffage, rabais sur le ravitaillement en carburant, gel des prix, taxes sur les profits des pétroliers… Les pays européens rivalisent d’imagination, tandis que les États-Unis votent leur Inflation Reduction Act avec un plan d’investissement de 370 milliards de dollars.

Le soutien public est devenu encore plus important alors que les banques centrales resserrent leur politique monétaire pour réduire l’inflation. “Ils n’ont plus le choix”, conclut Bertrand Candelon, professeur de finance à l’Université catholique de Louvain.

Ces fortes hausses de taux ont fait chuter les marchés financiers, les États-Unis enregistrant leur pire baisse semestrielle du S&P 500 en 14 ans.

Ralentissement économique mondial…

Les indicateurs mondiaux sont sombres : la confiance des consommateurs américains est proche de ses plus bas niveaux, le moral des entrepreneurs allemands est au plus bas depuis deux ans et l’immobilier chinois fait face à une grave crise.

Sur le front de l’énergie, si la Russie réduisait encore son approvisionnement en gaz, M. Candelon a averti que l’Europe serait confrontée à “un hiver plein de dangers”.

Combiné à l’assouplissement de la banque centrale, le glissement a fait craindre une récession mondiale, bien que les principaux prévisionnistes l’aient exclu pour l’instant.

Avant une éventuelle récession ?

Car le signal est que l’économie mondiale a des ressources. Les marchés du travail américain et européen sont en bonne santé, ce qui conduit l’administration Biden à dire que les États-Unis ne connaissent pas actuellement de récession malgré deux trimestres consécutifs de baisse du produit intérieur brut.

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